lundi 14 mai 2012

HABIB BOURGUIBA



Habib Bourguiba (الحبيب بورقيبة), de son nom complet Habib Ben Ali Bourguiba, né probablement le 3 août 19031 à Monastir et décédé le 6 avril 2000 à Monastir, est un homme d’État tunisien.
Avocat formé en France dans les années 1920, il revient au pays et commence à militer dans les milieux nationalistes. En 1934, à l’âge de 31 ans, il fonde le Néo-Destour, fer-de-lance du mouvement pour l’indépendance de la Tunisie. Plusieurs fois arrêté et exilé par les autorités du protectorat français, il choisit de négocier avec la Quatrième République, tout en faisant pression sur elle, pour atteindre son objectif. Une fois l’indépendance obtenue le 20 mars 1956, il s’emploie à mettre sur pied un État moderne en mettant fin à la monarchie et en proclamant la république dont il devient le premier président le 25 juillet 1957.
Parmi les priorités de son action politique figurent le développement de l’éducation, la défense de l’égalité entre hommes et femmes, le développement économique et une politique étrangère équilibrée, ce qui en fait une exception parmi les dirigeants arabes. Ceci n’empêche pas le développement d’un culte de la personnalité autour de sa personne — il porte alors le titre de « combattant suprême » — et l’instauration d’un régime de parti unique pendant une vingtaine d’années. La fin de sa présidence, marquée par sa santé déclinante, la montée du clientélisme et de l’islamisme, se conclut par sa destitution, le 7 novembre 1987, à l’initiative de son Premier ministre Zine el-Abidine Ben Ali.
Installé par le nouveau régime dans une résidence à Monastir, il meurt le 6 avril 2000 et repose dans le mausolée qu’il s’était fait construire.



Né officiellement en 1903 à Monastir1, Habib Bourguiba est le fils d’un officier de la garde que la France avait accordée au bey de Tunis. Il est le dernier de huit enfants issus d’une famille de condition modeste. Son père Ali et sa mère Fatouma souhaitent qu’il reçoive une instruction moderne comme ses aînés. Il effectue ses études primaires et obtient son certificat d’études primaires à l’école sadikienne en 1913, année de la mort de sa mère2. Il entame ensuite ses études secondaires au prestigieux Collège Sadiki de Tunis où il décroche un brevet d’arabe avant de s’inscrire au Lycée Carnot. Ses meilleurs amis sont alors Tahar Sfar et Bahri Guiga.
Il obtient son baccalauréat en 1924 puis s’inscrit à la Sorbonne3. C’est à Paris qu’il rencontre Mathilde Lefras. Alors que son père meurt en 1926, Mathilde lui donne un fils, Habib Bourguiba Jr., qui naît le 9 avril 1927 (à un mois de ses examens)4. Il obtient respectivement une licence en droit et le diplôme supérieur d’études politiques de l’École libre des sciences politiques en 1927. Il rentre ensuite à Tunis pour exercer le métier d’avocat, parallèlement à d’autres activités, notamment politiques : il adhère ainsi au Destour, parti qui milite en faveur de l’indépendance du pays.
Militant nationaliste

Dans ce cadre, il participe à la rédaction de nombreux articles dans les journaux nationalistes de l’époque comme La Voix du Tunisien et L’Étendard tunisien. Dans un article du 23 février 1931, il explique que pour « un peuple sain, vigoureux, que les compétitions internationales ou une crise momentanée ont forcé à accepter la tutelle d’un État fort, le contact d’une civilisation plus avancée détermine en lui une réaction salutaire. Une véritable régénération se produit en lui et, grâce à une judicieuse assimilation des principes et des méthodes de cette civilisation, il arrivera fatalement à réaliser par étapes son émancipation définitive »5. Lorsque le comité de rédaction de La Voix du Tunisien démissionne, Bourguiba rejoint le nouveau journal, L’Action tunisienne, dont le premier numéro paraît le 1er novembre 19325. Prônant la laïcité, il est suspendu comme d’autres journaux nationalistes le 31 mai 19336.

Installation de la section du Néo-Destour à Béja le 25 avril 1934
À la suite du congrès du Destour, tenu le 12 mai 1933, Bourguiba devient membre de la commission exécutive du parti. Cependant, le 9 septembre, il en démissionne après avoir fait l’objet de vives réprimandes pour avoir fait partie d’une délégation de dignitaires de Monastir qui s’était rendue au palais du bey, le 4 septembre, pour protester contre la décision du gouverneur de la ville qui avait autorisé l’inhumation du fils d’un naturalisé dans le cimetière musulman de Monastir7. Il s’emploie, par la suite, à expliquer les raisons de sa démission de la commission exécutive jusqu’à ce qu’il décide de réunir un congrès extraordinaire du parti, le 2 mars 1934, à Ksar Hellal. Ce congrès se termine par la scission en deux branches du parti : l’une conservatrice, qui conserve le nom de Destour, et l’autre moderniste baptisée Néo-Destour8.
Ce nouveau parti est dirigé par Mahmoud El Materi (président), Bourguiba (secrétaire général), Tahar Sfar (secrétaire général adjoint), M’hamed Bourguiba (trésorier) et Guiga (trésorier adjoint).

Espoirs et répression
Au milieu des années 1930, après la nomination de Marcel Peyrouton comme résident général de France en Tunisie, la répression se fait plus violente dans le pays : Peyrouton interdit tous les journaux de gauche encore publiés, notamment le tunisien Tunis socialiste et les français L’Humanité et Le Populaire, le 1er septembre 19349. Le 3 septembre, les militants nationalistes font l’objet de mesures d’éloignement dans le Sud tunisien : Bourguiba et certains de ses compagnons sont assignés à résidence à Kébili puis à Bordj le Bœuf.
Cependant, la résistance se poursuit sous diverses formes jusqu’à la remise en liberté des leaders exilés. En mars 1936, Peyrouton est remplacé par Armand Guillon alors que, le 3 mai, le Front populaire remporte les élections législatives françaises sous la conduite de Léon Blum11. Cette victoire suscite un espoir dans le camp nationaliste car de nombreux militants ayant étudié dans les universités françaises entretiennent de bonnes relations avec la gauche française.
Bourguiba rencontre ainsi Pierre Viénot, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, le 6 juillet 1936 à Paris. Cette entrevue est très mal vue en Tunisie : c’est pourquoi leurs entrevues ultérieures se font en secret. Mais la prudence des autorités françaises s’oppose aux espoirs des militants tunisiens et certains pensent même qu’il s’agit d’une illusion. Le résident général en Tunisie parle à la fin de l’année 1936 de réformes et d’assimilation de la Tunisie. Ces propos sont à l’origine de mouvement sociaux éclatant au début de l’année 1937. Viénot en voyage en Tunisie réagit en déclarant que « certains des intérêts privés des Français de la Tunisie ne se confondent pas avec l’intérêt de la France ». Pendant ce temps Bourguiba se rend à nouveau à Paris puis à la conférence sur l’abolition des capitulations tenue en avril 1937 à Montreux (Suisse). Il y rencontre de nombreux leaders nationalistes arabes dont l’émir druze Chekib Arslan, l’Algérien Messali Hadj et l’Égyptien Nahas Pacha.

Bourguiba et El Materi accueillant Abdelaziz Thâalbi à son retour d’exil en 1937
En juin 1937, le gouvernement Blum, démissionnaire, est remplacé par le gouvernement de Camille Chautemps. Face aux atermoiements du gouvernement français, les nationalistes reprennent leur combat et s’emploient activement à concrétiser leurs revendications. Dans ce contexte, Bourguiba souhaite qu’Abdelaziz Thâalbi, fondateur du Destour, rejoigne le Néo-Destour.
Cela n’advenant pas, il fait escamoter la réunion de conciliation prévue entre les délégations du Destour et du Néo-Destour puis s’emploie à perturber les rassemblements publics de son adversaire14. À Mateur, les affrontements font des morts et des blessés mais Bourguiba réussit à s’imposer comme le seul leader du mouvement nationaliste et rejette définitivement le nationalisme panarabe et anti-occidental. Ainsi, malgré le fait que l’atmosphère devienne des plus tendues vers la fin de l’année 1937, Bourguiba maintient le cap. En novembre, il explicite sa stratégie lors du deuxième congrès du Néo-Destour :
« L’indépendance ne se réalisera que selon trois formules :
une révolution populaire, violente et généralisée, qui liquidera le protectorat
une défaite militaire française au cours d’une guerre contre un autre État
une solution pacifique, à travers des étapes, avec l’aide de la France et sous son égide.
Le déséquilibre du rapport des forces entre le peuple tunisien et la France élimine toutes les chances d’une victoire populaire. Une défaite militaire française n’aidera pas l’indépendance parce que nous tomberons dans les griffes d’un nouveau colonialisme. Donc, il ne nous reste que la voie de la délivrance pacifique sous l’égide de la France15. »
Alors que la base du parti s’agite et que la répression fait sept morts à Bizerte5, Bourguiba choisit l’épreuve de force. En avril 1938, une manifestation préparée se déroule pacifiquement mais Bourguiba rudoie El Materi venu lui rendre compte : « Puisqu’il n’y a pas eu de sang, il faut recommencer. Il faut que le sang coule pour qu’on parle de nous5! » Le 9 avril, une fusillade fait quarante morts16. Le lendemain, Bourguiba et ses compagnons sont arrêtés et détenus à la prison civile de Tunis où Bourguiba fait l’objet d’un long interrogatoire. Le Néo-Destour est dissous le 12 avril mais les militants continuent de se réunir dans la clandestinité. Quelques mois plus tard, El Materi démissionne de la présidence du Néo-Destour et Bourguiba le remplace5. Le 10 juin 1939, Bourguiba et ses compagnons sont inculpés pour conspiration contre la sûreté de l’État et incitation à la guerre civile. Ils sont ensuite transférés vers le pénitencier de Téboursouk.

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